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Les énergies renouvelables Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Les énergies renouvelables ont le vent en poupe, mais depuis quelques années seulement. Les États, les industriels, et nous aussi simples consommateurs, avons longtemps négligé ces énergies naturellement offertes par la planète au profit d'énergies immédiatement plus rentables, mais aussi plus coûteuses pour l'environnement. Aujourd'hui le vent a tourné, et les énergies renouvelables, lentement, trouvent des applications adaptées et économiquement viables dans de multiples domaines.
 
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  • Les énergies renouvelables, c'est quoi ?
D'une façon générale, les énergies renouvelables sont des modes de production d'énergie utilisant des forces ou des ressources dont les stocks sont illimités. L'eau des rivières faisant tourner les turbines d'un barrage hydroélectrique ; le vent brassant les pales d'une éolienne ; la lumière solaire excitant les photopiles ; mais aussi l'eau chaude des profondeurs de la terre alimentant des réseaux de chauffage. Sans oublier ces végétaux, comme la canne à sucre ou le colza, grâce auxquels on peut produire des carburants automobiles ou des combustibles pour des chaudières très performantes. Tout cela constitue les énergies nouvelles et renouvelables, " ENR " pour les adeptes du jargon énergétique, et plus justement ER pour les seules énergies renouvelables.
En plus de leur caractère illimité, ces sources d'énergie sont peu ou pas polluantes. Le solaire, l'éolien, l'eau et la géothermie ne rejettent aucune pollution, lorsqu'elles produisent de l'énergie. La combustion de la biomasse génère certains gaz polluants, mais en bien moindre quantité que des carburants fossiles, tels que le charbon ou le fioul.
  • Quelle est la place des énergies renouvelables ?

Globalement, la part des énergies renouvelables dans la production d'électricité reste encore faible. Selon le dernier " Inventaire sur la production d'électricité d'origine renouvelable dans le monde ", réalisé par l'Observatoire des Énergies Renouvelables et EDF, 20 % du courant produit sur la planète est d'origine renouvelable. L'essentiel étant toujours issu des combustibles fossiles, tels que le pétrole ou le charbon (62,7 %) et par l'énergie nucléaire (17,1 %).
Qu'un électron sur cinq soit " propre ", cela n'est déjà pas si mal. Mais ce chiffre encourageant masque une grande disparité entre les sources d'énergies renouvelables. À elle seule, l'hydroélectricité génère 92,5 % de l'électricité issue des ER. Les utilisations de la biomasse produisent 5,5 % du courant mondial " vert ", la géothermie 1,5 %, l'éolien 0,5 % et les techniques solaires y contribuent seulement pour 0,05 %.
Toutefois, ces grandes masses sont extrêmement variables d'un pays à l'autre. Tout est, en effet, fonction des gisements d'ER. Ainsi, 99,2 % de l'électricité de Norvège (pays de montagnes et d'eau) est générée par les barrages. Quelle ironie pour un pays par ailleurs producteur de pétrole ! À l'inverse, les Pays-Bas, nation ô combien sensible aux questions environnementales, utilisent très marginalement les ER pour produire leur courant : moins de 5 %.

  • Un intérêt récent

De nombreuses raisons expliquent de telles disparités. D'abord, l'intérêt pour les ER est relativement récent. Avant le choc pétrolier de 1973, aucun des pays industrialisés ne s'intéressait aux énergies alternatives. Chacun exploitait les sources d'énergies dont il disposait facilement : le charbon en Grande-Bretagne, le pétrole aux États-Unis, le lignite en Allemagne, le gaz aux Pays-Bas, le pétrole, essentiellement importé d'Afrique, en France. Ce n'est qu'à partir du moment où le prix des hydrocarbures a quadruplé en quelques mois, que les États industrialisés (les plus gros consommateurs de pétrole) ont commencé à se tourner vers des énergies alternatives.

Cet intérêt récent explique les nombreux handicaps dont souffrent les technologies utilisant les ER. Les recherches n'ayant véritablement démarré qu'à la fin des années 1970, les énergies nouvelles ne bénéficient pas du siècle de progrès (ou du demi-siècle pour le nucléaire) qui a fait progressé l'efficacité de l'utilisation des combustible classiques. Un seul exemple : la réalisation du programme électronucléaire français a nécessité environ 1 000 milliards de francs d'investissements depuis cinquante ans. Les études publiques menées sur l'éolien et l'énergie solaire ont coûté quelques dizaines de millions de francs, sur une décennie. Il n'est donc pas anormal que les outils forgés par ces derniers programmes ne soient pas aussi performants que l'énergie nucléaire. Moins performants (il faut au moins mille éoliennes actuelles pour produire, en théorie, autant d'électricité qu'un réacteur nucléaire), les modes de production d'énergies renouvelables sont également souvent plus chers. La production d'un kWh solaire peut coûter jusqu'à plusieurs francs contre quelques centimes pour un kWh généré par une centrale nucléaire.

Autre facteur limitant : les énergies renouvelables n'ont été que très peu soutenues par les pouvoirs publics. En France, il aura fallu la publication rapprochée du plan de lutte contre l'effet de serre (janvier 2000), de deux discours du premier ministre annonçant la relance des aides publiques énergies propres (mai et septembre 2000), d'un projet de directive européenne sur les énergies renouvelables (décembre 2000), d'un programme national d'amélioration de l'efficacité énergétique (décembre 2000) pour que l'on parle enfin du décollage des ER françaises. Aux termes de ces nombreux plans, et si tout va bien, la France produira 21 % de son énergie électrique à partir de sources renouvelables en 2010, contre 15 % aujourd'hui. Pour produire ces 35 à 40 kWh supplémentaires, la France devra construire, au moins, une dizaine de milliers de nouvelles éoliennes, plus de 650 chaufferies au bois, plusieurs centaines de micro centrales hydrauliques, et quelques dizaines d'unités de production de biogaz. Sans oublier de très importantes surfaces de capteurs solaires. Une révolution industrielle qui ne sera pas gratuite. Rien que pour financer ces milliers d'aérogénérateurs (éoliennes), il faudra sans doute débourser quelque 11 milliards d'euros.
Mais encore faudra-t-il –et c'est là le dernier défi que devront relever les promoteurs des ER– faire accepter aux populations ces nouvelles installations énergétiques. Car mêmes propres, les éoliennes ont parfois du mal à être implantées dans certaines régions. Les habitants du plateau du Larzac ou de la Seine-Maritime leur reprochant de dénaturer le paysage ou de tuer les oiseaux. En mer, ce sont les pêcheurs et les sous-mariniers de la Marine nationale qui renâclent à voir proliférer les fermes éoliennes offshore. Au bord des cours d'eau, ce sont les pêcheurs qui protestent contre le développement des micro centrales hydrauliques, perturbatrices du milieu aquatique. Bref, cela ne se fera pas sans mal.


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  • Pourquoi développer ces techniques ?

Ces deux dernières décennies, les énergies renouvelables étaient surtout utilisées pour alimenter des sites isolés (montagne ou zone désertique) ou dans des pays où la production d'électricité à partir d'énergies renouvelables était subventionnée, comme en Californie. Aujourd'hui, le "carburant" de ces énergies propres est tout autre, puisque c'est de la protection du climat dont il s'agit. Du fait du protocole de Kyoto, les pays les plus industrialisés doivent réduire (au plus tard en 2012) leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) de 5 % par rapport à leurs rejets de 1990. Le problème, c'est que dans le même temps, la consommation d'énergie va croître. Dans des pays comparables à la France, la demande progresse, en moyenne, de 1 % par an. Pour rapidement produire plus tout en polluant moins, il est donc indispensable d'avoir massivement recours aux énergies renouvelables : les seules (avec le nucléaire) à n'émettre aucun GES. De nombreux pays riches développent de très importants parcs propres, constitués principalement d'éoliennes. Entre 1997 (année où fut signé le protocole de Kyoto) et 2000, l'Espagne a ainsi quadruplé sa production d'électricité d'origine éolienne. L'Allemagne - qui doit faire les plus gros efforts européens de réduction des émissions de GES - a déjà une capacité électrique éolienne presque 200 fois supérieure à celle de la France. Autant d'efforts qui ne seront pas vains. S'il est mené à son terme, le plan éolien français permettra d'éviter, chaque année, l'émission de 2 à 5 millions de tonnes de carbone (le principal gaz à effet de serre). Soit 12,5 à 31,2% des engagements français de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

  • L'accès à l'électricité

Mais la lutte contre le réchauffement climatique n'est pas la seule croisade menée par les partisans des énergies renouvelables. Faute d'argent, prisonnières d'une géographie difficile, de nombreuses régions du monde ne sont pas irriguées par des réseaux électriques. Au total, on estime que deux milliards de personnes sur la planète n'ont pas accès au courant. Or, la grande majorité de ces défavorisés habite dans des pays en développement où les ressources financières sont faibles. Une situation économique qui ne permet pas de construire de puissantes et coûteuses centrales électriques (celles-ci peuvent coûter plusieurs centaines de millions de francs) ni les indispensables réseaux de transports et de distribution de l'électricité. A cette vision centralisée (et coûteuse) de la production et du transport d'électricité, les énergies renouvelables apportent des éléments de solution, notamment en permettant la production d'électricité locale. Installées sur les maisons ou à proximité immédiate des villages, les éoliennes ou les cellules photovoltaïques fournissent un courant directement à leurs utilisateurs, sans qu'il soit nécessaire de tirer d'importants et coûteux réseaux.
En plus de développer d'importantes fermes d'éoliennes, le Maroc a ainsi mis en place des mini-centrales solaires dans de nombreux villages montagnards, difficiles à desservir par des lignes électriques. Chaque habitant peut ainsi faire recharger ses batteries domestiques, grâce aux panneaux solaires de la commune. Le tout pour une somme modique et sans générer la moindre pollution. Fort de cet exemple, l'Indonésie a commandé à la fin du mois de mars 2001, pour 48 millions de dollars, des installations photovoltaïques à BP SOLAR. Une fois mis en action, ces systèmes permettront d'alimenter en électricité de manière autonome 150 villages forestiers, abritant une population de près de 40 000 personnes.

  • Quel sera l'avenir des énergies renouvelables ?

Bien malin celui qui pourrait répondre avec certitude à cette question. Certes, les années qui viennent s'annoncent prometteuses pour les énergies propres. Entre 1993 et 1998, les capacités " renouvelables " mondiales ont crû de 2,4 % par an. La lutte contre le changement climatique, le développement de la production d'électricité décentralisée et le progrès technique devraient donner un formidable coup de fouet à ces jeunes filières. Toutefois, de nombreux experts, à l'instar de Jean-Marie Chevalier, professeur à l'université Paris Dauphine et spécialiste en géopolitique de l'énergie, estiment que la part des renouvelables, même si elle augmentera dans les années qui viennent, restera globalement faible. D'une part, parce que les ressources d'énergies fossiles sont encore considérables : 40 ans de réserves prouvées de pétrole, 62 ans pour le gaz, 400 ans pour le charbon. D'autre part, parce que les ER resteront probablement toujours plus chères que les énergies classiques, tant le prix de ces dernières n'intègre pas leurs coûts environnementaux.
Aussi est-il important, pour préserver notre environnement, de veiller dès à présent à réduire notre consommation d'énergie. Selon une étude réalisée par le ministère de l'Économie en mars 2000, cette consommation augmentera chaque année de 1,4% par an, si rien n'est fait. Frappée par la plus grave crise énergétique de son histoire, la Californie espère réduire le nombre de coupures de courant en faisant adopter par les Californiens des gestes simples qui permettent de réaliser de substantielles économies. Des petits réflexes que nous pouvons tous également adopter, pour le plus grand bénéfice de la planète. 

Source : Valery Laramée de Tannenberg (Fondation Nicolas Hulot )

 
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